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nos coups de cœurs
JC GARY
  • JC Gary  est professeur de Lettres. Né à Perpignan (Pyrénées-Orientales), il a vécu sur trois continents (Europe, Amérique du Sud, Afrique). Passionné de théâtre, il a consacré deux ans de sa vie au voyage et à l’écriture. Grand voyageur, il est aussi adepte de méditation et tente d’en retrouver le cheminement par son travail d’écriture poétique.
    Prix René Maran 2006 pour la nouvelle Meli Istaïno .
    Prix « Eclats de vers en transe », grand prix de poésie de la Société des Gens de Lettres du Niger 2007 pour le recueil L’Ombre chue des faux soleils.

     
  • PRÉSENTATION DU ROMAN CARNET DE DOUTE La maison griots
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  • Chez Guangoueus: "JC Gary offre après les lenteurs déroutantes du début du roman, le rythme des confessions que le carnet de doutes recueille. Il nous implique dans cet acte qu’est la création artistique. Ici le théâtre. L’acte d’appropriation d’une légende, sa lecture, le décryptage des codes des griots. La déconstruction de certaines grilles de lecture des événements. Le narrateur conte à la fois ce qui se passe au niveau du projet artistique, mais aussi les difficultés d’un management très différent de la troupe qu’il gère. Il porte aussi un regard sur ce qui se passe la nuit. De visites nocturnes. De ses fantasmes aussi sur la femme noire."
     
  • Epistolaire et fiction : un art du roman.

La forme du carnet fictif permet l'immersion dans un moi qui exprime ses doutes comme dans les œuvres fantastiques du XIXe siècle.

La dislocation du personnage s'exprime esthétiquement par dislocation de sa prose.

  • Mythe et réalité :

Aux prises avec une réalité diamétralement opposée aux critères qui définissent la réalité en « occident », le personnage perd ses repères et confond peu à peu mythe et réalité.

  • L'épopée de Soundiata 

Un mythe fondateur et un fondement de la pensée d'un peuple

  • Rencontre de deux récits fondateurs

Soundiata et la Bible, qui fusionnent dans la folie du narrateur.

  • La folie 

Carnet de doute est une mise en scène textuelle de la folie. Le récit à la première personne permet une plongée dans la pensée d'un homme.

  • Ecriture et théâtre :

Le livre relate la création d'une œuvre théâtrale et évoque les difficultés

  • d'un groupe d'artistes africains
  • d'un metteur en scène qui ne maîtrise pas les codes du sujet qu'il explore.
  • Importance de la « parole vive » (en communication directe) dans la culture africaine

Ce thème rejoint la problématique de mes recherches avec Suzy Platiel, sur les modèles de structuration des sociétés de l'oralité et de l'écrit.

 

« Partir, c'est se chercher ailleurs. On ne part pas en Inde pour les mêmes raisons qui nous font partir en Afrique ou dans la Forêt Amazonienne. Je parle en connaissance de cause. Par contre, j'ai rencontré sur ces trois continents (l'Inde est un pays-continent, l'Amazonie est une forêt-continent) des Européens qui se cherchaient. Et dont certains se perdaient. Peut-être parce qu'ils avaient trouvé ce qu'ils cherchaient.

 

J'ai développé en Amazonie une étrange aptitude. Au cours d'une expédition sur l'Alitany avec mon ami Aïku, j'ai eu un jour l'intuition que si je voulais pleinement le comprendre, il fallait que je laisse tomber mes préjugés de palassissi, que j'accepte totalement ce qu'il me disait et que, dès lors, les légendes dont il garnissait ses récits n'étaient pas des mythes, mais la réalité. Mais j'ai heureusement eu une autre intuition : si je ne voulais pas sombrer dans la folie, il me fallait préserver une part consciente, analytique, de même que Dostoïevski gardait toujours une partie de son esprit en observation pendant ses crises d'épilepsie, ce qui lui a permis de les transcrire avec une puissance d'évocation unique.

 

Ce carnet est celui d'un homme qui n'a malheureusement développé qu'une seule de ces deux aptitudes. C'est une fiction, avouons-le, mais qui prend sa source dans la plus intime des réalités. C'est le récit d'une implosion. »

 

Avant-propos de Carnet de doute (La maison griots)

 

 

Un carnet de route devient un fil des pages un carnet du doute : le pourquoi du voyage, le pourquoi des rencontres, le pourquoi du moi, chamboulé par les miroirs de la pérégrination, l'acculturation qui devient perdition. Le voyage du narrateur de Carnet de doute est un aller simple. Parce qu'il s'arrête. Parce qu'il ne revient pas. C'est le carnet d'un idéaliste qui n'a pas pris la mesure du voyage qu'il entreprenait. Parce qu'il l'ignorait. Parce que le vrai voyage n'est pas géographique.

 

Un jeune metteur en scène stoppe sa route au Sénégal pour monter un projet brinquebalant avec une troupe d'artistes improbables : des griots mystiques, un danseur acrobate et une danseuse-meneuse qui ne sait que peu danser ni même mener. Tous attendent dans la moiteur d'une case isolée du monde d'autres artistes, qui n'arrivent jamais. Les séances de thé s'enchaînent et dans les récits qui défilent au rythme des joints, le narrateur plonge dans l'épopée de Soundiata et une idée lui vient en tête : mettre en scène l'histoire d'une troupe qui souhaite monter un spectacle sur Soundiata. Mise en abyme qui devient au fil des jours – et des nuits – le propre abîme dans lequel se perd l'esprit de celui dont les mots tracent la déroute. Le carnet est le fil d'un voyage intérieur qui devient l'ultime voyage : dissolution des frontières entre réel et mythe, confusion des sources dans un esprit qui implose, à l'image d'une écriture qui se disloque également.

 

Ce carnet est un roman. Mais il naît d'un carnet véritable. La fiction devient la seule façon d'exprimer une réalité qui échappe à la raison. De dire l'indicible, ainsi que l'évoque Philippe Forest dans son essai Le roman, le réel : « Ce qui reste alors du roman, c'est, une fois enlevés les artifices et la fiction, le réel qui lui a donné sa nécessité. » La forme épistolaire permet de plonger dans le chaos du narrateur et s'impose comme un gage d'honnêteté : ce texte hybride, déroutant, explore un phénomène proche du « syndrome de l'Inde », mais qui ne possède pas de nom en Afrique.

 

Le voyageur qui s'explore au contact de l'Afrique s'expose toujours : c'est un voyage difficile, risqué, qui exige de vrais garde-fous. Je parle du vrai voyage, celui qui s'accompagne d'un voyage intérieur. Il est aux quatre coins de la planète des parts de nous qui nous attendent. Il est alors nécessaire de ne pas oublier qui nous sommes. L'art du masque est parfois fatal lorsqu'on oublie que le masque est une part de nous, mais n'est pas nous.

 

L'écriture est un voyage. La lecture en est un. Proposer au lecteur une fiction-voyage qui prend sa source dans un voyage intime c'est, sans en dévoiler son intimité, en faire sentir l'essence. Voici le but de ce Carnet de doute.

Les trois poèmes qui le jalonnent sont les trois piliers du recueil L'ombre chue des faux soleils, lauréat du concours "Eclats de vers en transe", concours international de poésie du Niger 2007. Ils maintiennent une case dont les murs lézardent dans ma mémoire.

 

JC Gary